grande quantite de matйriel.
Pour toutes ces operations, le Marйchal Foch, Commandant en
Chef des Armйes, octroie au Bataillon Russe la fourragиre aux
couleurs de la Croix de Guerre et une Croix de Guerre avec 2 palmes а
son drapeau, avec les citations.
La rйnommйe acquise par la Lйgion Russe d'Honneur attire dans
ses rangs de nombreux volontaires provenant des compagnies d'ouvriers
ou mкme de la Lйgion Etrangиre. Malgrй иs pertes, ses effectifs
augmentent: au 1er novembre 1918, le bataillon compte 564 hommes
rйpartis en 3 compagnies de combat et une compagnie de mitrailleuses.
Des le 1er octobre, les Allemands йtaient amenes а evacuer
toute la ligne Hindenburg et а se retirer vers la frontiиre. Dans ces
conditions, la Division Marocaine toute entiиre est transportйe a
Nancy et entreprend le mouvement final le long de la Moselle vers
Moyeuvre et seul l'Armistice du 11 novembre arrиte cette operation.
Malgrй cela, la Lйgion Russe d'Honneur continue d'йxister et
participe avec les Armйes Alliйes a l'avance le long de la rive
gauche du Rhin; elle traverse la Lorraine, l'Alsace, la Sarre, arrive
a Friedrickshafen, puis est dirigйe sur Worms qu'elle occupe jusqu'en
dйcembre.
А la fin de l'annйe 1918, la Lйgion Russe d'Honneur est
йvacuйe a l'intйrieur de la France et dйmobilisйe.
L'ЙVACUATION DE l’armЙe blanche de LA CRIMЙE
L'histoire de l’йmigration blanche commence par une tragйdie:
l'йvacuation de la Crimйe en novembre 1920 par l'armйe du gйnйral
Wrangel.
L'annйe 1920 voit briller les derniers feux de la guerre
civile en Russie du sud. А la fin du mois de mars, vaincu par l'armйe
rouge, le gйnйral Dйnikine a dы faire йvacuer de Novorossiysk, dans
une panique indescriptible, les dйbris de ses armйes blanches.
Rйfugiйes en Crimйe, ces troupes dйmoralisйes semblent promises а une
dйfaite rapide. Dйnikine, dйcouragй, remet ses pouvoirs а son rival
et ennemi personnel, le gйnйral Baron Wrangel.
Pendant plus de 6 mois, Wrangel donne l'illusion que les
armйes blanches pourraient retourner la situation en Russie et
chasser les bolcheviks du pouvoir. Mais le 12 octobre 1920, la
nouvelle de l'armistice soviйto-polonais annonce que les jours de
l'armйe Wrangel sont comptйs. Les troupes qui luttaient contre la
Pologne sont envoyйes sur le front de Crimйe pour donner le coup de
grвce. Le 8 novembre, apprenant la chute des premiиres lignes de
dйfense, Wrangel donne l'ordre d'йvacuation.
Tous les navires prйsents dans les ports de Crimйe sont
rйquisitionnйs, dont le vieux paquebot "Rion". Les bateaux russes
sont mis sous la protection de la France et hissent le drapeau
tricolore. L'escadre franзaise de Mйditerranйe Orientale supervise
les opйrations. Tout se passe dans l'ordre. Quasiment tous ceux qui
le dйsirent peuvent кtre йvacuйs. En une semaine, 130 navires
arrivent а Constantinople, avec 146.200 rйfugiйs а bord, dont 29.000
civils, souvent dans un entassement ahurissant. L'йtat sanitaire est
catastrophique: les Russes sont dйcimйs par le typhus, il y a mкme
des cas de cholйra et de peste. Les autoritйs franзaises de
Constantinople sont dйpassйes: que faire de cette masse йnorme de
rйfugiйs, armйs jusqu'au dents et йquipйs d'une flotte de guerre
complиte? Les laisser dйbarquer а Constantinople est inconcevable;
cette ville, sous occupation alliйe, est dйjа surpeuplйe de rйfugiйs,
car la Turquie est en pleine guerre: le rebelle Mustapha Kйmal
contrфle pratiquement toute l'Anatolie oщ il se heurte а l'armйe
grecque. La perspective de voir cette armйe russe dйs?uvrйe prendre
part au conflit donne des cauchemars aux Alliйs.
Il faut donc йloigner le plus vite possible les Russes de
cette poudriиre. La flotte de guerre est envoyйe а Bizerte, et
Georges Leygues lance un appel aux Йtats balkaniques pour qu'ils
accueillent les troupes et les rйfugiйs civils. Le rйsultat est
dйcevant: la Roumanie n'en accepte que 2000, la Grиce 1700, la
Bulgarie 3800; seule la Serbie, fidиlement russophile, ouvre grand
ses portes et en recueille 22.300. Au total, 34.000 personnes ont йtй
йvacuйes le 1er janvier 1921. Reste donc plus de 100.000 rйfugiйs а
loger et nourrir. En attendant une destination dйfinitive, les
Cosaques du Don ont йtй envoyйs en Thrace а Tchataldja, ceux du
Kouban sur l'оle de Lemnos, et les troupes rйguliиres sur la
presqu'оle de Gallipoli, dans le dйtroit des Dardanelles. Les civils,
jugйs moins dangereux, ont йtй rйpartis dans plusieurs camps autour
de Constantinople.
Pour le gouvernement franзais, il est йvident que l'armйe
Wrangel a cessй d'exister, et que ces milliers de rйfugiйs ne sont
que des individualitйs. Mais les autoritйs militaires et navales sont
effarйes par cette faзon de voir les choses: Si on licencie l'armйe
Wrangel sans aucune perspective d'emploi, la situation а
Constantinople risque de tourner rapidement au cauchemar. Il faut
absolument que la discipline militaire soit maintenue, et les troupes
laissйes sous les ordres des officiers russes, afin d'йviter de les
voir se transformer en mercenaires ou en "grandes compagnies". Il
sera alors plus facile de disperser en douceur les rйfugiйs vers les
pays qui voudront bien d'eux. А contrec?ur, le gouvernement doit se
rallier а ces arguments.
Wrangel, fin tacticien, s'engouffre par cette porte laissйe
entrouverte. Il profite de l'autoritй que lui laissent les Franзais
pour s'opposer par tous les moyens а la dispersion de son armйe:
propagande, pression psychologique, menaces, tout est bon pour garder
un noyau irrйductible d'Armйe Blanche; car Wrangel caresse toujours
le rкve de reprendre la lutte contre les Soviets, ou de s'emparer du
pouvoir si celui des bolcheviks s'effondre tout seul. Ainsi, le
sйjour de l'Armйe Russe а Constantinople est marquй par un bras de
fer permanent entre Wrangel et les Franзais, qui cherchent
constamment а se dйbarrasser de rйfugiйs qui coыtent une fortune au
budget de la France.
Trиs vite, les autoritйs constatent que beaucoup de rйfugiйs
ont le mal du pays. Elles voient lа une belle occasion d'en diminuer
le nombre; le gouvernement fait donc savoir dans les camps que
personne n'est retenu, et que la France assurera le rapatriement en
Russie soviйtique de ceux qui en feront la demande, toutefois sans
aucune garantie sur leur sйcuritй une fois dйbarquйs. Malgrй cette
rйserve de taille, les volontaires se bousculent: de janvier а avril
1921, 9370 rйfugiйs retournent en Russie. А cela viennent s'ajouter
les dйparts individuels de rйfugiйs ayant les moyens de vivre а leurs
frais, de ceux qui ont trouvй du travail а Constantinople ou qui se
sont engagйs dans la Lйgion Йtrangиre.
Malgrй cela, il reste encore en avril 1921 55.000 Russes
nourris par la France dans les camps de rйfugiйs. Si l'on comptait
sur les dйparts individuels, il faudrait des annйes pour disperser
l'armйe Wrangel. Trouver des dйbouchйs de masse pour les rйfugiйs
russes reste un impйratif urgent.
Certains d’officiers russes йmigrйs
Afrikan Bogaйvski (1872 - 1934 Paris), gйnйral-lieutenant,
dйcorй de la croix de Saint-Georges pour son courage lors de la
bataille de Tamopol en juillet 1917. Commande un rйgiment de
partisans, puis une brigade de l'Armйe Blanche lors de la "campagne
de glace" au Kouban en fйvrier-mai 1918. Йlu ataman des cosaques du
Don en fйvrier 1919. L'ancien ataman, le gйnйral Krasnov, qui assista
а ses obsиques, se battit plus tard aux cфtйs de l'armйe allemande au
cours de la 2и guerre mondiale et, livrй а l'URSS, fut exйcutй pour
trahison.
Boris Dourov (1879 Saint-Pйtersbourg - 1977 Sainte-Geneviиve-
des-Bois). Lieutenant-colonel dans le corps expйditionnaire russe en
France, puis en Macйdoine, il est l'un des fondateurs du Lycйe russe
de Paris en 1920 oщ il professe les mathйmatiques et dont il devient
le directeur de 1931 jusqu'а sa fermeture en 1961
Mikhaпl Grabbe (1868-1942), comte, gйnйral, ataman du Don en
1916-1917.
Nicolas Lokhvitski (1868 - 1933 Paris), gйnйral d'infanterie
commandant en chef du corps expйditionnaire russe sur le front
franзais en 1916. Aprиs la paix, il rejoignit l'armйe de l'amiral
Koltchak en Extrкme-Orient et revint s'installer а Paris en 1923.
Zinovi Pйchkov (1884 Nijni-Novgorod - 1966 Paris), gйnйral
dans l'armйe franзaise. Frиre aоnй du bolchevik Iakov Sverdlov, son
nom lui a йtй donnй par son parrain, l'йcrivain Maxime Gorki.
S'engage dans la Lйgion йtrangиre en 1914. Perd un bras en 1915.
Chargй de mission auprиs de Koltchak, puis de Dйnikine. Naturalisй
Franзais en 1923, sert au Maroc comme officier de la Lйgion. De 1942
а 1950 reprйsente la France libre en Afrique du Sud, puis en Chine et
au Japon.
Causes de la dЙfaite des Blancs
Corruption des cadres: nйgligence, paresse, goыt de la dolce
vita. En Sibйrie, а l'arrivйe de Koltchak, il y avait 196 йtats-
majors sans troupes. De nombreux rйgiments blancs comptaient 2 ou 3
officiers pour 1 seul homme. Une grande partie du matйriel fourni par
les Alliйs йtait revendue au marchй noir et, en fin de compte,
rachetйe par les Rouges.
Trahison des Tchиques de Sibйrie: anciens prisonniers de
guerre autrichiens, rйarmйs contre l'Autriche, ils avaient rejoint
Koltchak aprиs la paix de Brest-Litovsk, les Allemands ayant exigй